Commémorer, c’est se souvenir, ensemble…

Commémorer, à l'école aussi …
L’école est un important vecteur de transmission de la mémoire des évènements du passé. Les commémorations y trouvent une valeur particulière, la forme peut en être adaptée à l’âge et au contexte local : commémoration n’est pas uniquement synonyme de cérémonie officielle au monument aux morts…
Tout d’abord parce qu’on peut regarder le passé et commémorer des évènements heureux : une découverte, une avancée sociale, un progrès pour l’humanité…
Dans le cas de la Shoah et des crimes contre l’humanité, des formes sont à inventer dans le cadre de l’école : l’essentiel étant que les jeunes soient partie prenante et mobilisés autour d’un projet qu’ils peuvent porter, un projet auquel ils sont associés et qui les motive. Ainsi, la pose de plaques commémoratives à la mémoire des enfants déportés – comme cela se fait à Paris - nécessite un long travail d’enquête et de recherche. Lorsque les jeunes de l’établissement et du quartier y sont associés, la pose de ces plaques prend alors une valeur commémorative particulière bien loin du « devoir » de mémoire imposé.
Plus généralement, commémorer, c’est se souvenir, ensemble :
se souvenir, parce que les jeunes générations ont le droit de savoir ce qui les a précédées : parce que pour les sociétés comme pour les individus, certains silences sont porteurs de germes de mort.
Ensemble, car les commémorations servent de repère et permettent de ressouder les liens entre les hommes dans la compassion pour les victimes et dans le souvenir. En cela, elles participent au projet de « vivre ensemble » et constituent une forme d’initiation sociétale et d’intégration sociale.
Dans le cas particulier de la Shoah, la transmission prend une valeur singulière, essentielle.
Tout d’abord, en raison des enjeux dont elle est porteuse, la Shoah a introduit une rupture, une césure dans  l’histoire humaine : il y a un avant et un après Auschwitz. Cet évènement a des conséquences sur notre perception et notre entendement du monde. Il a bouleversé la pensée et la tradition d’humanisme occidental : ce qu’Hannah Arendt nommait la « tradition rompue ».
Depuis la Shoah nous sommes contraints de penser avec d’autres outils intellectuels, de trouver d’autres repères. Les jeunes générations doivent savoir pourquoi.
Par ailleurs, le fil de cette mémoire est ténu: il n’y a pas de cimetières, pas de tombes, il ne reste que des lieux vides. Si « la Shoah fut un crime sans mobile et sans cadavre », elle demeure un deuil sans sépulture.
L’objectif des nazis était de tout détruire, vies, langues, cultures… jusqu’aux traces même du crime qui ne devait laisser ni témoin, ni survivant. Ce projet a été mené jusqu’au bout en incinérant les corps, en incendiant et en réduisant en cendres des instruments du crime, des archives et des preuves.
Transmettre, commémorer, éduquer constituent un devoir pour tous les éducateurs.
http://crdp.ac-reims.fr/memoire/bac/2gm/menu.htm

Eduquer, c’est transmettre et partager des connaissances et des valeurs.

Faire partie de la communauté humaine, c’est aussi avoir reçu la connaissance des expériences passées de l’humanité et avoir intégré les valeurs fondamentales dont la société s’est dotée.
Les crimes contre l’humanité ont formé, en quelque sorte, des impasses de l’histoire dans lesquelles les communautés humaines se sont engouffrées au risque de s’y perdre à jamais.
Cette mémoire doit être transmise, la mémoire de la Shoah comme celle de tous les crimes qui ont blessé l’humanité - l’esclavage, la « purification ethnique », les déportations et les génocides…-, de génération en génération.
La connaissance de l’histoire, la transmission de la mémoire, les commémorations font partie intégrante de la démarche éducative, de l’éducation à la citoyenneté.
Eduquer à la citoyenneté, c’est aussi transmettre qu’il n’y a pas de petite blague « raciste » sans conséquence, pas de petite humiliation, pas de discrimination sans importance… parce qu’il faut « se garder obstinément du plus petit acte… qui nous placerait au commencement du long chemin qui conduit inexorablement à Auschwitz ».

Prévenir

La connaissance des évènements qui ont constitué le passé et la transmission de la mémoire éclairent les enjeux du présent : nous savons, parce que l’humanité a déjà « basculé », qu’elle peut à nouveau le faire. Le futur est en germes dans le présent.
Il est nécessaire de prévenir car ce qui s’est produit peut se reproduire, et sous une certaine forme, s’est déjà reproduit comme au Rwanda en 1994 lors du génocide des Tutsi.
Commémorer, éduquer, prévenir… Il y va de l’avenir:
« Ceux qui ignorent le passé sont condamnés à le répéter ».
Jean François Forges  « Eduquer contre Auschwitz »  ESF éditeur 1997
Georges Bensoussan « Auschwitz en héritage » Du bon usage de la mémoire. Fayard 1998, 2003