Bien sûr, il y a les manuels d'histoire, “c'est au programme”, entre sciences et gym.
Il y a les souvenirs des grands parents, avec leurs vieux mots, leurs phrases répétitives, leurs rides, leurs vielles décorations, leurs voix de vieux…
Il y a les musées aussi, on défile en silence : « Préhistoire », « Renaissance », « Résistance ».
[…]
Et puis il y a […]
Ces lettres de mourants qui ne parlent que de vie.
Où leur idéalisme côtoie les préoccupations d'un père, où le guerrier est tendre amoureux, le héros un fils, un frère.
Où derrière l'arrogance face à la mort, au sacrifice, on lit la peine de quitter la vie, les siens, l'avenir.
Ces lettres sont des cordes qui nous rattachent violemment, intimement à cette histoire.
[…]
Toutes ces lettres nous replacent, nous, au centre des évènements qui ont déterminé nos existences d'aujourd'hui et nous posent les vraies questions : moi dans cette situation ? Moi ? Elle ? Eux ? Tuer ? Mourir ? Moi le bienheureux, libre grâce à eux.
Tout à coup, à travers les mots, les phrases, les cris, ces « Bayards », ces héros, ces abstraits deviennent incroyablement réels, familiers, intimes.
Et de les sentir si proches on les découvre tels qu'ils étaient vraiment : encore plus grands »
Jean-Jacques Goldman
Préface du livre de Guy Krivopissko
La vie à en mourir
Lettres de fusillés (1941-1944) - Point Tallandier 2003