Lettre et poèmes
Les dernières lettres des jeunes Résistants fusillés, leur poèmes, nous disent leurs souffrances et leurs espoirs en l'avenir. Cet héritage nous est aussi transmis par des chants, des poèmes, des textes à la mémoire de ces jeunes condamnés qui ont voulu mourir debout, comme ils avaient vécu, et partaient en chantant sous les balles : ‘la Marseillaise', ‘le Chant du départ' ou ‘l'Internationale'.
Lettres de fusillés
Guy Moquet adresse une dernière lettre à sa famille et une autre à son amie Odette, internée comme lui à Châteaubriant. Ces quelques lignes au crayon sur du mauvais papier. Comme les mots qu'il grave sur les planches de son baraquement, transmettent ses dernières pensées, destinées à ses proches, tout d'abord, et un message, à ceux qui vont survivre à cette guerre, qui connaitront les « lendemains qui chantent ».
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Billet de Guy Môquet adressé le jour de son exécution à Odette Lecland, internée au camp de Choisel à Châteaubriant. 22 octobre 1941.
Source : Coll. Musée de la Résistance nationale à Champigny-sur-Marne. Donation Odette Niles |
Guy Môquet grave sur les planches de sa baraque un dernier message :
« Vous tous qui restez, soyez dignes de nous, les 27 qui allons mourir ! »
D'autres lettres de fusillés sur ce site.
D'autres lettres de fusillés (dossier de l'académie de Créteil établi en partenariat avec le Musée de la Résistance Nationale à Champigny).
Poèmes de Résistance et de déportation
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Marianne Cohn
Source : Mémorial de la Shoah/CDJC
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D'origine allemande, Marianne Cohn a 22 ans en 1944. Membre des Eclaireurs Israélites de France, elle place des enfants dans des familles non-juives ou les aide à passer en Suisse. Arrêtée à la frontière par la Gestapo de Lyon, en mai 1944, elle réussit à faire s'échapper les 28 enfants qu'elle accompagne. Elle est torturée, puis exécutée le 8 août 1944. Elle écrit en prison un poème intitulé : Je trahirai demain
René Char
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Poète résistant, René Char compose en 1946 les Feuillets d'Hypnos à partir de ses écrits de 1943 et 1944, dans le maquis. |
Charlotte Delbo est une résistante qui a survécu à la déportation à Auschwitz en janvier 1943. Son mari, interné à la Santé a été fusillé.
Un poème de Charlotte Delbo, extrait de Auschwitz et après.
Anne Marie Vion , déportée et décédée à Ravensbrück à laissé un poème : À ma mère
Une poupée à Auschwitz
Sur un tas de cendre humaine une poupée est assise
C'est l'unique reliquat, l'unique trace de vie.
Toute seule elle est assise, orpheline de l'enfant
Qui l'aima de toute son âme. Elle est assise
Comme autrefois elle l'était parmi ses jouets
Auprès du lit de l'enfant sur une petite table.
Elle reste assise ainsi, sa crinoline défaite,
Avec ses grands yeux tout bleus et ses tresses toutes blondes,
Avec des yeux comme en ont toutes les poupées du monde.
Qui du haut du tas de cendre ont un regard étonné
Et regardent comme font toutes les poupées du monde.
Pourtant tout est différent, leur étonnement diffère
De celui qu'ont dans les yeux toutes les poupées du monde
Un étrange étonnement qui n'appartient qu'à eux seuls.
Car les yeux de la poupée sont l'unique paire d'yeux
Qui de tant et tant d'yeux subsiste encore en ce lieu,
Les seuls qui aient resurgi de ce tas de cendre humaine,
Seuls sont demeurés des yeux les yeux de cette poupée
Qui nous contemple à présent, vue éteinte sous la cendre,
Et jusqu'à ce qu'il nous soit terriblement difficile
De la regarder dans les yeux.
Dans ses mains, il y a peu, l'enfant tenait la poupée,
Dans ses bras, il y a peu, la mère portait l'enfant,
La mère tenait l'enfant comme l'enfant la poupée,
Et se tenant tous les trois c'est à trois qu'ils succombèrent
Dans une chambre de mort, dans son enfer étouffant.
La mère, l'enfant, la poupée,
La poupée, l'enfant, la mère.
Parce qu'elle était poupée, la poupée eut de la chance.
Quel bonheur d'être poupée et de n'être pas enfant !
Comme elle y était entrée elle est sortie de la chambre,
Mais l'enfant n'était plus là pour la serrer contre lui,
Comme pour serrer l'enfant il n'y avait plus de mère.
Alors elle est restée là, juchée sur un tas de cendre,
Et l'on dirait qu'alentour elle scrute et qu'elle cherche
Les mains, les petites mains qui voici peu la tenaient.
De la chambre de la mort la poupée est ressortie
Entière avec sa forme et avec son ossature,
Ressortie avec sa robe et avec ses tresses blondes.
Et avec ses grands yeux bleus qui tout plein d'étonnement
Nous regardent dans les yeux, nous regardent, nous regardent.
Mosche Schulstein, 1944.
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Ce poème est écrit à Auschwitz par Mosche Schulstein en 1944.
Source : Henri Pouzol Ces voix toujours présentes. Anthologie de la poésie européenne concentrationnaire - Presses universitaires de Reims / FNDIRP, 1995
Robert Desnos
Résistant, Robert Desnos est arrêté le 22 février 1944 par la Gestapo. D'abord emprisonné à Fresnes, il est interné dans le camp de Compiègne du 20 mars au 27 avril 1944.
Il fait partie d'un convoi de 1700 hommes qui arrive à Auschwitz le 30 avril 1944. Il est ensuite déporté vers le camp de Buchenwald (mai 1944), puis sera déplacé vers Flossenburg le 25 mai, et enfin vers le kommando de Flöha, en Saxe (usine Messerschmitt). Le 14 avril 1945 devant l'approche des Alliées, le kommando de Flöha est évacué. Desnos, épuisé, est acheminés jusqu'à Térézin (Théresienstadt), en Tchécoslovaquie, où il trouve la mort le 8 juin 1945.
Paul Éluard, son ami, lui rend hommage en octobre 1945, lors de la remise des cendres du poète :
« Jusqu'à la mort, Desnos a lutté. Tout au long de ses poèmes l'idée de liberté court comme un feu terrible, le mot de liberté claque comme un drapeau parmi les images les plus neuves, les plus violentes aussi. La poésie de Desnos, c'est la poésie du courage. Il a toutes les audaces possibles de pensée et d'expression. Il va vers l'amour, vers la vie, vers la mort sans jamais douter. Il parle, il chante très haut, sans embarras. Il est le fils prodigue d'un peuple soumis à la prudence, à l'économie, à la patience, mais qui a quand même toujours étonné le monde par ses colères brusques, sa volonté d'affranchissement et ses envolées imprévues . »
Source : Mémoire juive et éducation (Dominique Nathanson)
Dernier poème de Robert Desnos
J'ai rêvé tellement fort de toi,
J'ai tellement marché, tellement parlé,
Tellement aimé ton ombre,
Qu'il ne me reste plus rien de toi.
Il me reste d'être l'ombre parmi les ombres
D'être cent fois plus ombre que l'ombre
D'être l'ombre qui viendra et reviendra dans ta vie ensoleillée.
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