La Résistance s'organise

Dès 1940, en zone occupée comme en zone sud, des jeunes, étudiants et ouvriers, prennent contact avec les mouvements de Résistance qui, peu à peu, sont créés.
Chez les étudiants, après les premières manifestations de l'automne 1940, de petits groupes se forment comme à Paris les Volontaires de la Liberté et Défense de la France.
Peu à peu, les jeunes qui veulent passer à l'action se groupent dans les lycées et les universités. Ils sont soutenus par certains de leurs enseignants. À Paris, des groupes se constituent à Louis le Grand, à Buffon ; et en province, à Lyon, à Montpellier, à Bourg en Bresse…

 

L'exemple du lycée Lalande de Bourg en Bresse

En septembre 1944, un groupe de lycéens, après avoir participé à la bataille de La Valbonne-Meximieux.

De gauche à droite :
un lycéen, Henri Rosset, Roger Guettet, Jean Marinet,
Georges Davier, Paul Grison.

Source : Association Résistance Lycée Lalande

À partir de juin 1941, le lycée Lalande de Bourg en Bresse devient une pépinière de jeunes résistants. Dès l'été 1941 les jeunes participent à la diffusion de journaux clandestins : "Libération", "Combat", "Franc-Tireur", puis fondent en 1942 un groupe des Forces unies de la Jeunesse, qui s'exprime ouvertement lors d'une cérémonie organisée le 11 novembre 1942.
Les jeunes déposent des gerbes au monument aux morts : ils sont arrêtés, puis relâchés.
L'arrivée d'un nouveau professeur, Hugues Barange, donne un nouvel essor aux jeunes étudiants du lycée. De nouveaux groupes se forment, et les jeunes, avec leur bicyclette se transforment, à la sortie des cours, en agents de liaison, livreurs de la presse clandestine… Ils organisent même l'arrêt d'un train de jeunes « recrues »du STO en partance pour le Reich.
Ils s'attaquent ensuite aux fichiers des désignés pour le STO qu'ils récupèrent puis détruisent.
Enfin, le 6 juin 1944, ils attaquent la Trésorerie générale dont ils veulent prélever les fonds pour financer la Résistance.
Le jour du baccalauréat, des miliciens effectuent une rafle au lycée. Une soixantaine de jeunes sont arrêtés pour être interrogés.
Une dizaine d'entre eux seront déportés en Allemagne.
Pendant ce temps, les rescapés de la rafle participent aux combats de la Libération.
Hugues Barange est fusillé en juillet 1944.
Parmi les lycéens de Lalande, 32 ont été tués au combat ou fusillés et une vingtaine a été déportée.
Le lycée Lalande de Bourg en Bresse est l'unique établissement scolaire à avoir été décoré de la médaille de la Résistance.
L'association Résistance Lycée Lalande propose, sur son site Internet, l'histoire et les témoignages de ces jeunes résistants.

 

 

Au printemps 1941, les communistes rejoignent officiellement la Résistance et cet afflux massif donne une nouvelle dimension à la Résistance. Leur mouvement « Front national de lutte pour l'indépendance de la France » (qui publie le journal clandestin « France d'abord ») se développe sur l'ensemble du territoire et mène les premières actions armées. Dès février 1942, les Francs-tireurs et Partisans (FTP) fédèrent l'ensemble des mouvements communistes et rassemblent bien au-delà de cette appartenance idéologique.
Les FTP MOI mènent alors de très nombreux attentats et harcèlent les hauts responsables du Reich. Nombre d'entre eux sont des anciens des Brigades internationale ou des républicains espagnols rompus à l'usage des armes. Quant aux jeunes juifs communistes dont les parents ont le plus souvent fui le nazisme, ils vivent dans la clandestinité depuis plusieurs années et leur ardeur au combat est sans merci.
Les FTP constituent très vite une véritable « armée des ombres ».

Portait de Thomas Elek.

L'action des jeunes dans la Résistance est variée et les investissements très divers :
De la résistance passive dans les administrations, aux sabotages dans les industries qui produisent pour le Reich, du transport à la diffusion de la propagande (tracts, affiches, journaux clandestins), de la transmission de renseignements à la France libre et aux alliés, aux actions directes : sabotages, attentats, et à la fin, la constitution de maquis qui contrôlent de façon permanente des régions entières...

 



En juin 1942 de nombreux jeunes sont révoltés par l'ordonnance contraignant les Juifs à porter l'étoile jaune. Certains décident de fabriquer et de porter leur propre étoile. Une vingtaine d'entre eux sont arrêtés et internés au camp d'internement de Drancy durant trois mois comme « amis des Juifs ».


Le tournant de 1942-1943.

 



Libération, organe des mouvements de Résistance unis, (clandestin) n° 25, 1er mars 1943, appelle à refuser le STO.

Source : Coll. Musée de la Résistance Nationale à Champigny-sur-Marne.

La convergence entre les différents mouvements, puis entre Résistance intérieure et France libre se fait progressivement à partir de la fin 1942 et au début de 1943, en particulier sous l'impulsion de Jean Moulin. Les principaux chefs des mouvements (Emmanuel d'Astier de la Vigerie pour Libération-Sud, Henri Frenay pour Combat, Christian Pineau pour Libération-Nord…) se rendent à Londres et reconnaissent l'autorité du général de Gaulle.

Le 27 mai 1943, le Conseil national de la Résistance (CNR) parachève l'unification de la Résistance intérieure.
Plusieurs évènements majeurs vont influer sur l'entrée, désormais massive, de jeunes dans la Résistance.
Tout d'abord, l'entrée en guerre de l'URSS, puis le recul allemand, début 1943, face à l'Armée rouge, la victoire des Alliés apparaît comme possible.
L'invasion de l'intégralité du territoire national par les troupes d'occupation, le 11 novembre 1942, puis la création de la milice, en janvier 1943, marquent une nouvelle étape de l'occupation et de la collaboration.
Enfin, en février 1943, l'obligation faite à toute une classe d'âge de partir en Allemagne pour offrir sa force de travail, (STO) incite les « réfractaires »à entrer dans la clandestinité et rejoindre les maquis.